oskinikiskwēwak (jeunes femmes)

    Friday, September 7, 2012 to Friday, October 26, 2012

    Opening
    • Friday, September 7, 2012 to Saturday, September 8, 2012
    Commissaire: Laura Margita Artistes: Joi T. Arcand Texte critique : Cheryl L’Hirondelle Les douze estampes numériques créées par Arcand semblent constituer un énorme paradoxe. À première vue, l’ingénieuse mosaïque où s’entremêlent images démodées et modernes nous émerveille. Tellement qu’une question se pose : pourquoi l’artiste a-t-elle choisi un format politiquement incorrect qui rappelle les calendriers accrochés dans les garages des années 1930? Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, oskinikiskwēwak (jeunes femmes) raconte une histoire d’intégrité, d’honneur, de survie et de force de caractère. C’est une histoire qui taquine le spectateur en lui présentant des photos de jeunes femmes déguisées en modèles dignes d’une culture populaire d’une autre époque, des photos de jolies jeunes filles que l’on aurait découpées dans un calendrier. Dans oskinikiskwēwak (jeunes femmes), l’artiste transpose les facettes contemporaines de sa propre identité autochtone. Comme dans l’ensemble de ses œuvres précédentes, elle utilise la photographie numérique pour voyager dans le temps. Joi T. Arcand est une photographe artistique originaire de la Muskeg Lake Cree Nation en Saskatchewan. Elle sabote l’effet kitch de la publicité en incrustant dans les portraits des jeunes femmes d’importantes valeurs culturelles autochtones. Les passants pourront voir le contraste saisissant qui en résulte en se promenant sur la rue Bank, à Ottawa, Canada. Les toiles de fond à grande saturation de couleurs représentent des scènes de nature planes et romanesques. Le lieu exact est indiscernable. Nous sommes donc partout et nulle part à la fois. C’est le paysage dans lequel vit actuellement le peuple autochtone, un paysage obscurci, un paysage idéalisé par le public. Dans les faits, les grands espaces ont des noms et des liens significatifs pour les populations autochtones qui y vivent toujours. Même si les arrière-plans rappellent le plein air pittoresque des peintures impressionnistes, cette série expose à la face du monde la réalité des jeunes femmes autochtones. C’est peut-être vrai qu’il faut bien que jeunesse se passe, mais les légendes de ces jeunes femmes, ces oskinikiswēwak (prononcer o-skine-IC-sk-wouè-wok), mot qui définit l’âge entre l’enfant et la femme adulte, révèlent la complexité des nombreuses réalités auxquelles sont toujours confrontées les populations autochtones. Bien sûr, les énigmes codées dans les textes peuvent être prises au pied de la lettre. Mais comme la plupart des femmes qu’elles représentent, elles sont pleines de valeurs culturelles nuancées et profondément enracinées. Au lieu des vêtements révélateurs que portent les pinups pour montrer leur sensualité, les oskinikiskwēwak portent un jean et des hauts à manches longues. Elles préfèrent se servir de leur voix pour affirmer leur sensualité en pleine éclosion. Leur cheminement sera terminé lorsqu’elles seront devenues des aînées dans leur communauté. — Cheryl L’Hirondelle, 2012