Décompte de la folie
Empruntant aux DJs le principe du sampling, Michèle Provost utilise, dans le contexte de cette exposition, des phrases tirées de chansons du répertoire musical, allant des classiques des années 70 à des succès plus actuels, pour former une entité, en l’occurrence un top 40 titré It’s only Rock and Roll1.
Contrairement au top 40 « traditionnel », toujours hiérarchisé en fonction des cotes d’écoute de l’heure, celui de l’artiste se veut un random subjectif formé d’une suite de considérations ludiques, souvent pêle-mêle et aléatoires sur différents propos, formant un ensemble qui se situe entre la confiance et le doute, dans un nouvel univers personnel raconté au « je », à la fois égocentrique et commun à chacun. Car, en plus du jeu d’identification des phrases en rapport avec son attribution, ce décompte se rattache inévitablement à nos propres souvenirs et à nos propres histoires formées autour de ces hits.
La combinaison entre la phrase, le tissu, la typographie, les couleurs, les formes, les motifs et les imprimés, suggère des appartenances à des époques et à des modes différentes, des références au sexe et à l’âge cible, à la classe sociale ou autres, et recèle des jeux d’association d’éléments, compatibles ou conflictuels, ouverts à de multiples possibilités d’interprétation. Au fur et à mesure que se fait la lecture du décompte, les jeux d’associations conceptuelles et visuelles se multiplient, enrichissant la complexité de l’ensemble. Le mariage entre le texte et les éléments visuels engendre des dialogues, tantôt fondés sur la similitude, qui vient renforcer le propos, tantôt sur le contraste, question de confronter des référents visuels et textuels existants, tout comme différentes réalités et perceptions du monde.
Non, il ne s’agit pas seulement de Rock and Roll, car le top 40 de Provost rend hommage à une musique qui elle-même témoigne souvent, haut et fort, de la folie collective. Du choix des phrases transparaît également une dimension critique, une certaine dose de dénonciations et de revendications envers diverses luttes à mener, tant vieilles que récentes. En ce sens, les grands formats des œuvres rappellent celui de la bannière, amplifiant la puissance évocatrice des phrases, incitant à la réflexion et à la conscientisation face aux divers problèmes sociaux. It’s only Rock and Roll sous-entend une volonté de changement en regard de sujets tels la guerre, la consommation à outrance, la condition de l’artiste, pour n’énumérer que ceux-ci. Par l’ensemble, l’effet placardé des nombreuses voix empruntées – qui rappelle l’idée selon laquelle l’union fait la force – remet en cause nos valeurs, nos mœurs, nos systèmes économique, politique, etc., histoire de peut-être contribuer collectivement, ici et là, à un éventuel progrès de l’humanité.
En fin de [dé]compte, It’s only Rock and Roll est à la fois un échantillonnage du meilleur de la musique et du pire de ce que nous sommes.
–Suzanne Richard, écrivan
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Thursday, October 13, 2005 to Saturday, November 5, 2005
Opening- Thursday, October 13, 2005
1. Succès des Rolling Stones.
