Thursday, October 28, 2010 to Saturday, November 27, 2010

    Opening
    • Thursday, October 28, 2010 to Friday, October 29, 2010

    Pour sa plus récente performance et installation en galerie, Terrance Houle s’inspire de son nom pied-noir, Iinniiwahkiimah, qui se traduit en français par Gardien de troupeau de bisons. Les pièces représentent bien l’ensemble de l’œuvre de Houle, une œuvre abondante et qui ne laisse personne indifférent. Tout au long de sa carrière, Houle a utilisé à sa discrétion la performance, la photographie, la vidéo ou le film, la musique, la peinture et des moyens de diffusion de masse, y compris les panneaux d’affichage et la signalisation en vinyle des autobus 1 pour mettre en valeur et explorer des questions de colonisation, de racisme, de différence culturelle et la représentation des peuples autochtones dans la culture populaire.

    L’œuvre suit une voie souvent irrévérencieuse, humoristique et toujours astucieuse dont les racines se trouvent dans l’éducation de Houle. Dans sa jeunesse, Houle a voyagé avec sa famille pour visiter des réserves partout en Amérique du Nord : il a participé à des danses de pow-wow et à des cérémonies indigènes qui lui ont insufflé un engagement de toute une vie envers les communautés autochtones. Parallèlement à ces expériences, Houle a vécu des incidents dans les écoles publiques qui ont amplifié à ses yeux l’écart entre les Autochtones et les non-Autochtones. Houle se souvient d’une reconstitution de l’Action de grâces en première année : avec ses camarades, il devait confectionner les costumes des colons et des Indiens. Les ‘atours’ des Indiens étaient infamants et inexacts (tout autant que cette histoire • encore une autre! • de colons arrivant au pays). « J’ai dit à l’enseignante : “On ne s’habille pas comme ça’’; en conséquence, j’ai dû rester debout dans le coin pendant que tous les autres enfants préparaient leur costume d’Indien. 2 »

    Des histoires comme celles-là sont trop bien connues de toute la communauté autochtone. Elles sont à la base de plusieurs séries d’œuvres du répertoire de Houle (y compris ‘Landscape’ et ‘Urban Indians) qui amplifient avec humour le croisement entre ce qui est indigène et ce qui ne l’est pas, tout autant que les difficiles et interminables tractations pour pouvoir enfin exprimer une identité culturelle contemporaine au sein d’une société qui ne peut se défaire d’une idée bien arrêtée ou romancée de la communauté autochtone.

    Dans la série de performance/vidéo/photo ‘Landscape’, nous voyons Houle en parures indiennes, face contre sol, dans une série de décors urbains familiers, comme des parcs, des terrains de baseball ou des rues du centre-ville. Dans la série ‘Urban Indian’, Houle est vêtu des pieds à la tête du costume de la danse des herbes sacrées pour prendre le transport en commun, travailler dans un bureau cloisonné, faire l’épicerie, prendre un bain moussant, etc. Comme dans ces séries précédentes dans lesquelles Houle donnait un caractère indien aux parcs et terrains de baseball impeccables et aux bureaux cloisonnés, Iinniiwahkiimah a le même effet à l’intérieur des murs de la galerie contemporaine.

    Développées lors d’une résidence en août 2010 au Oxygen Arts Centre à Nelson en Colombie-Britannique, les toiles de fond de Iinniiwahkiimah sont d’austères images de bisons en noir et blanc, peints au pochoir sur les murs de la galerie. Elles font référence à l’esthétique rebelle des graffitis, et se rapportent aussi à l’histoire nord-américaine et à l’importance du bison pour les peuples autochtones qui habitaient les plaines. Les bisons comblaient presque tous leurs besoins de survivance : alimentation, vêtements, outils, habitation et nourriture spirituelle. Pendant des millénaires, ils ont vécu une vie nomade, migrant avec les troupeaux de bisons. L’extermination des troupeaux de bisons est venue avec la colonisation. L’abattage des bisons était une tactique coloniale organisée par les colons, le gouvernement, l’armée, les entreprises de chemins de fer et les banquiers pour débarrasser les plaines des bisons et des peuples autochtones.

    Pour l’élément performance de Iinniiwahkiimah, Houle navigue dans les aspects contemporains et traditionnels de sa culture et de son identité propres pour réunir les bisons (et les spectateurs) dans l’espace de la galerie. Juxtaposées à l’œuvre, l’action et l’intervention de l’artiste pour rassembler les bisons se rapportent à des histoires collectives et personnelles qui deviennent des tentatives humoristiques (et néanmoins bien pensées) pour réconcilier l’histoire et l’influence de l’histoire sur l’identité, le récit, l’autodétermination et l’image de soi dans le monde contemporain.

    Elwood Jimmy Directeur, Sâkêwêwak Artists’ Collective

    1. Terrance Houle, Réflexion de l’artiste, http://www.facebook.com/pages/Terrance-Houle/109976945704545?v=info&ref=ts
    2. Murray White, Terrance Houle: Givn’r as good as he gets, http://www.thestar.com/entertainment/article/861926--terrance-houle-givn...