Thursday, March 17, 2005 to Saturday, April 9, 2005

    Opening
    • Friday, March 18, 2005
    L’histoire nous fournit des exemples nombreux de l’effet des relations sociales sur l’art. L’Église, l’État et de riches mécènes ont traditionnellement subventionné les arts afin d’accroître leur pouvoir politique et leur prestige. Ce paradigme est très nettement chargé de relations politiques. Mais aujourd’hui, du moins en Amérique du Nord, l’on croit que les grandes forces du marché déterminent la réussite ou l’échec de l’art dont les manifestations, chargées des rouages du capitalisme, peuvent prendre bien des formes mais être libres aussi de toute politique. Puisque le travail et le commerce sont des domaines que l’on considère comme étant des sphères politiques, l’art, qui est inextricablement lié à ces domaines, fait automatiquement partie du processus politique. Que sa démarche passe à la fois de la légèreté et du jeu à la froideur et au viscéral, au conceptuel et à l’expression poétique, l’art pratiqué selon une philosophie sous-jacente voulant que « si on ne regarde pas le problème, il va peut-être disparaître » n’est ni plus ni moins apolitique que l’art qui se veut implicitement radical. L’art qui accepte d’aborder les règles de sa réalisation et de l’accueil qu’on lui réserve comme lieu de son action créative aboutit en expériences complexes et vitales qui lancent un appel à l’urgence et à la signification, sans perdre son pouvoir de stimuler par les sens. En dépit du contenu ou du message, les artistes manipulent et transforment des matériaux en art. Comme ces fournitures sont le fruit du labeur des autres, nous pouvons élaborer un concept politique. Qui fabriquent les fournitures artistiques, combien d’heures de travail leur paie-t-on, quelles sont leurs conditions de travail? Dans ce contexte, est-ce qu’une œuvre peut vraiment échapper à la politique? Les artistes sont indéniablement liés à la société et à l’époque dans lesquelles ils évoluent. S’il est possible pour un artiste de réaliser des triomphes esthétiques tout en ignorant la société, il n’en demeure pas moins qu’une indifférence volontaire en matière sociale constitue aussi une position politique. Toutefois, c’est la foi dans les qualités transcendantes de l’art, tant pour l’artiste que pour le spectateur, qui permet de faire fi de tous ces débats. Nous croyons que l’universalité apportée par l’art dans nos vies nous permet de nous élever au-dessus du monde corrompu de la politique et du matérialisme de la société. Et même si les artistes, les critiques, les écrivains et les spectateurs débattent encore des questions de l’art à contenu social, ce sont les artistes qui continuent d’étendre et de redéfinir le lien entre le rôle social de l’art et ses caractéristiques et techniques formelles. Par la présentation des installations de Farouk Kaspaules et de Josée Pellerin, Galerie 101 souhaite favoriser la discussion sur notre responsabilité sociale, et sur le pouvoir des artistes de parler des influences et des répercussions nationales et internationales. Jessie Lacayo Directrice/Commissaire Depuis la guerre du Golfe, plusieurs informations de presse, essais et critiques ont été publiés sur la dévastation physique causée par les attaques à la bombe. Il ne fait aucun doute que toutes les guerres ont des répercussions désastreuses sur l’environnement, l’économie et la culture. Toutefois, Human Rights Watch démontre comment les bombardements méthodiques de villages, les arrestations arbitraires générales, la torture, les disparitions, les exécutions sommaires et les déplacements forcés ont causé le déclin de la population arabe de la région des marais, qui est passée de 250 000 à seulement 40 000. La région des marais, un secteur de 20 000 kilomètres carrés situé au confluent du Tigre et de l’Euphrate dans le Sud-Est de l’Irak, contient plusieurs des plus riches gisements de pétrole du pays. Avant la destruction des marais, les forces de sécurité avaient une certaine difficulté à se rendre sur ce terrain : les opposants politiques et les déserteurs y trouvaient donc refuge. Les Nations Unies ont déclaré que la destruction de ce secteur, qui fut jadis l’écosystème de zones humides le plus vaste du Moyen-Orient, était l’un des pires désastres environnementaux du monde. (1) Des gens vivent dans le secteur des marais du sud depuis des milliers d’années. Les ancêtres du peuple Ma’dan étaient les Sumériens et les Babyloniens; leur nombre a augmenté sous l’effet de l’immigration et des mariages mixtes avec les Perses, à l’est, et avec les Bédouins, à l’ouest. Avant le drainage des marais, le mode de vie du peuple Ma’dan était centré sur l’agriculture (la culture du riz et des dattes en particulier), le tissage de tapis en roseau, l’élevage de buffles et la pêche. La communauté et la culture étaient soutenues par les coutumes et un système de traficotage. Au fur et à mesure que les marais sont drainés de leur eau, et que le peuple Ma’dan est obligé de quitter son pays d’origine, cet aspect important de sa culture va disparaître.(2) L’exposition de Farouk Kaspaules, intitulée « Traces », met l’accent sur les images et la réalité de la population arabe de la région des marais et la région du Tigre et de l’Euphrate, prolonger tout le chemin d’Irak du nord au Kurdistan. Le travail de Kaspaules, artiste canadien né en Irak, pays qu’il a quitté au milieu des années 1970 pour des raisons politiques, fait jouer les réalisations structurelles formelles de l’art avec un contenu politique indépendant. Les techniques utilisées pour ce travail nous stimulent et ne donnent aucune réponse graphique ou facile. Chaque pièce fait allusion à un moment de communion avec l’environnement, mettant en valeur des instants de contemplation menacés par un danger imminent. Ces images exécutées et sérigraphiées sur velum et papier donnent l’impression d’avoir subi l’effet de plusieurs filtres pour évoquer un sentiment d’histoire humaine qui s’estompe, se morcelle et s’efface. « Traces » exprime de façon incroyable la beauté et l’influence du pays et du peuple, même dans les images morcelées. Les images des avions de guerre qui planent accaparent la surface de l’œuvre et nuisent à la profondeur de la perception. Cet envahissement de la surface de l’œuvre correspond à la destruction de la région du peuple Ma’dan. C’est le va-et-vient incessant entre le passé et le présent qui compte le plus dans l’œuvre et les idées de Kaspaules. Les pièces atteignent une nature sublime par leur qualité sereine, leurs moments bien définis et leurs paysages. Les aptitudes sont stimulées et le soi s’élève, une réaction de sympathie à ce que l’on observe dans les pièces. Les pièces de Kaspaules distinguent espace, temps et une dynamique du pouvoir. Jessie Lacayo Directrice/Commissaire
    1.Référence tirée de Human Rights Watch, traduction libre. http://www.hrw.org/press/2003/01/iraq012503.htm. 2.Référence tirée de Human Rights Watch, traduction libre. http://www.hrw.org/press/2003/01/iraq012503.htm.