Thursday, June 27, 2002 to Thursday, August 8, 2002

    Opening
    • Thursday, June 27, 2002
    Fluide (Fluid) est une proposition; le travail de huit jeunes artistes présenté dans cette exposition nous propose une exploration de la vie entre relations et dimensions fluides. La fluidité, dans le contexte du corps, implique les fuites de celui-ci, ses pertes, sa relation intérieure avec l’identité, la fluidité représentant souvent des états transitoires : des plaisirs fugitifs, l’inondation des souvenirs, des désirs circulatoires. Plutôt que de disposer ou placer en embouteillage selon un agencement respectant un cadre idéologique et une logique binaire, le positionnement dans Fluide est conçu à l’intérieur de sa propre transition; les termes s’emboitent l’un dans l’autre, résonnant ensemble, se mêlant l’un à l’autre, en des façons difficiles à évaluer, souvent imprévisibles, aptes à se dévoiler même dans l’action. Certains artistes participant à l’exposition explorent la fluidité à titre de métaphore visuelle en relation à l’identité, particulièrement quand le corps rencontre l’image. Dans l’installation vidéo de Phil Rose, basée sur le genre des autoportraits, les regards fugitifs et les moments prolongés tracent, effacent, raturent et annulent de multiples couches d’images et de sons. Ces passages instables de rythmes malléables montrent à quel point la représentation s’est avérée être une catégorie remarquablement élastique; plus ouverte que fermée, complexe et trop pleine de restes de fantasmes. L’œuvre de Rose court-circuite l’aspect linéaire du langage en concrétisant des images instantanées et éclatées dans l’espace, dont le sens dépasse souvent la capacité du langage à les exprimer, supplantant ainsi le présumé concept du « complet » dans la représentation. Luc Desjardins travaille aussi dans le dérapage visuel et la capacité de la vidéo de « représenter » les ambiguïtés. Refusant les nombreuses postures théâtrales mises en scène devant des miroirs et des trophées de hockey, pour en être réduit à une image ou une notion simpliste de la masculinité, il glisse son corps et son visage dans la réflection qui anime ces objets chargés afin d’ajouter une nouvelle couche à leurs histoires et leurs significations exagérées. L’espace de féconde ambiguïté où se juxtaposent les notions de fluidité et d’identité est aussi l’endroit où le corps rencontre l’image dans la série de grandes bâches d’un bleu piscine où Elizabeth Garlicki dépeint des scènes de natation et de noyade. Sans gilet de sauvetage, les corps dans ces images emploient des techniques pour rester en surface, en attendant un possible secours. Parce que la relation entre ces figures et le sol est effacée, le spectateur est placé à l’intérieur de la piscine, partageant l’environnement aquatique des figures. Évoquant mais effaçant le traumatisme, la série des bâches évoque un seuil chargé mais illimité. Des actes d’inflation et de dégonflement se passe aussi à l’extérieur de la galerie le jour et le soir du vernissage avec une performance par les flators. Lors d’une rencontre impromptue dans les rues d’Ottawa, une voiture gonflable accapare des espaces de stationnement public habituellement réservés à son prototype idolisé. Sensible aux vibrations tactiles et aux légers mouvements de l’air, la voiture en nylon tremble et dissout les notions « du réel » ainsi que les concepts rigides d’action et de mobilité. Plusieurs artistes qui créent des installations spécifiques sur les lieux de la Galerie 101 identifient le besoin d’observer des mouvements afin que leurs idées puissent prendre forme. Les frontières à l’intérieur même de l’architecture pouvant à la fois se développer de façon indépendante et se croiser mutuellement, ces artistes les perçoivent non pas comme quelque chose de fixe mais de perméable, les cadres et les vaisseaux définissant ces processus humains étant eux-mêmes changeants. Les œuvres se dévoilent donc de façon expérimentale; en effet, elles sont axées sur des relations intensément vécues. En explorant l’idée de n’être attachées à aucun lieu dans l’édifice, les installations de Yeh et Rewacowicz pénètrent l’univers de la (trans)formation infinie. Dans l’œuvre de Pao Quang Yeh, des bateaux en origami plié provenant de livres de contes de fée sont libérés des forces de la marée et naviguent vers les bouches de chauffage (un autre corridor sombre) situées sous les escaliers de l’édifice — conservant un cap directionnel, potentiellement trop petit, que la plupart des vaisseaux ne pourraient négocier dans leur forme actuelle. L’engagement de Yeh envers les forces emmêlées mais invisibles des courants qui dirigent les bateaux et lèvent leurs voiles, pousse le spectateur à se demander combien des quelques mille bateaux fragiles, pris dans un quelconque réseau sans forme de désirs et d’échanges invisibles, parviendront à destination. La projection vidéo d’Ana Rewacowicz fait disparaître lentement l’image d’un corps féminin projeté sur une mare d’eau dans le lavabo des toilettes, image qui nous arrive et nous quitte comme une simple ondulation. Jumelées au son de l’eau qui s’écoule, ces ondulations représentent tout ce qui reste d’une collection de mémoires fragmentées; les pensées voyagent dans les tuyaux du lavabo puis vont s’y perdre et s’évaporent dans le scintillement de l’ondulation à la surface de l’eau. Fluide donne l’occasion de présenter l’espace architectural de la Galerie 101 comme une technologie du mouvement, comme une membrane flexible où des possibilités structurelles et de formation se dévoilent. L’intérêt porté par Mohammed al-Riffai à l’exploration des qualités temporelles et expérimentales du son a abouti dans la création de l’installation sonore qui occupe tout le secteur de l’escalier principal et au-delà. Ici, la « réalité » de la forme est présentée comme la manifestation du mouvement à l’intérieur et partout dans un processus dynamique, un processus qui réfute tout état d’être permanent. Un tambour cylindrique à membrane en latex est employé dans la performance d’al-Riffai, créant des énergies acoustiques et des vibrations qui produisent une démonstration cinétique, où des formes et configurations imprévues émergent sans plan directeur et plutôt sous l’effet de la sensation. Une autre intervention dans la galerie, celle de Catherine Bodmer qui voulait vaporiser de l'assouplissant textile "BOUNCE" à partir de plusieurs humidificateurs, faisait partie des plans originaux pour l'exposition. Toutefois, avant l'impression, l'artiste a été informée qu'elle ne pouvait pas exposer la proposition. À l'encontre du discours qui nourrit l'œuvre, le sort du travail de Bodmer fait écho à cette culture obsédée de propreté qui cherche à éliminer ce qui est impur, l'œuvre paraît contaminée. Discutant ferme à propos des limites personnelles du risque et de leur tolérance envers l'inconnu ; la senteur familière du "BOUNCE" est devenu "l'Autre". Le parcours de Bodmer et son œuvre au sein de l'exposition est, à tout le moins, fluide : elles sont entrées et ont suivi des logiques multiples d'acceptabilités et de perméabilités. Les pratiques présentées dans cette exposition nous encourage à jeter un regard limpide sur la perception et les expériences vécues. L’espace et les formes architecturales deviennent des océans de mouvements, se révélant comme des lieux au potentiel et aux possibilités infinis. Les rencontres entre image et identité aboutissent en un flot résonnant entre représentation et souvenirs, habitudes et langages, que le corps apporte avec lui. À l’instar des processus employés pour décrire le passage des liquides d’un état à l’autre, ces pratiques dérivent et absorbent, elles se dévoilent et s’évaporent, elles se figent et se saturent. Cindy Stelmackowich Jury de sÉlection pour fluide: Cathy Busby, Greg Hill, Amy Jenkins, Laura Jeanne Lefave, Cindy Stelmackowich